Cela va faire bientôt sept ans ( août 2011) que j’ai écrit pour la première fois au président de l’Office des professions. Je lui demandais d’intervenir alors que j’observais des tensions internes au sein de l’organisation. « Nous n’adhérons pas à votre vision », m’a-t-on répondu.

J’ai écrit plus d’une fois à l’Office, au ministère de la Justice et même au bureau du Premier ministre. Jamais on ne m’a réellement écouté, ni même ouvertement considéré mon point de vue. Ce n’est qu’en 2016 que le gouvernement a fini par comprendre que la tutelle que je demandais était nécessaire.

Une fois la tutelle déclarée, j’ai poursuivi mes démarches parce le gouvernement n’a fait que la moitié du travail. En plus de la tutelle, il devait changer une majorité des administrateurs. Ai-je été entendu? « Nous avons la situation sous contrôle! »

Je sais que la tutelle ne donnera pas les résultats attendus puisque dès 2014, j’observais un virement de situation au sein du Conseil d’administration de l’OIQ. Le stratagème était alors de l’infiltrer par un groupe qui adhère à la même idéologie; vous avez probablement entendu parler du GROLO (Groupe pour remettre de l’ordre à l’Ordre. Une telle infiltration est une démarche qui va à l’encontre des règles de bonne gouvernance. À quoi bon avoir trois, cinq, dix personnes qui pensent la même chose au sein d’un organe décisionnel?

Hier après le long week-end de la fête du Canada, je me permettais d’écrire à la présidente de l’Ordre des ingénieurs pour avoir des précisions sur l’abolition du Comité exécutif de l’organisation. Pour une organisation en tutelle, il est tout simplement inconcevable que le Conseil d’administration en soit venu à cette décision. Comment les administrateurs ont-ils pu croire que cela était la voie à suivre pour améliorer la gouvernance de l’OIQ?

La seule explication est un manque de vision à long terme. Une lacune qui ne me semble pas étrangère à l’infiltration du Conseil d’administration que je percevais en 2014. Ainsi après ma lettre d’hier la présidente de l’OIQ, voici celle que j’adresse à la présidente de l’Office des professions.

 

Madame,

Je vous écris à l’aube du deuxième anniversaire de la tutelle de l’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ). L’événement n’a évidemment rien de festif, mais doit assurément être souligné étant donné que la situation ne semble guère avoir évolué si on la regarde strictement du point de vue de la gouvernance. Je profite également de l’occasion pour vous rappeler mes communications précédentes, dont le livre Dessein d’ingénieurs – La déroute des professions que je vous faisais parvenir en décembre dernier.

Cela fait près de six mois que je vous ai fait parvenir Dessein d’ingénieurs, un livre-choc qui révèle une grande partie des événements qui ont mené à la mise en tutelle de l’OIQ. Dans une moindre mesure, le livre aborde les ratés du système professionnel en particulier, celles de l’Ordre des comptables professionnels agréés. Tous conviendront qu’il est inconcevable qu’un syndic adjoint conclût une enquête en affirmant que des fausses factures ne sont que des anomalies de facturation.

Je vous écris pour faire le point sur la situation malgré un bref échange téléphonique avec votre conseiller en juin dernier. Il ne semblait pas en maîtrise du dossier concernant l’OIQ par exemple, il n’avait pas encore complété la lecture de Dessein d’ingénieurs faute de temps. Je peux comprendre la charge de travail d’une nouvelle équipe qui arrive en fonction. Concernant la tutelle d’un Ordre professionnel par contre, j’ose espérer que le dossier est prioritaire. En ce sens, je ne peux comprendre un retard de lecture.

La tutelle de l’Ordre des ingénieurs demeure préoccupante lorsqu’on connaît l’histoire de l’organisation depuis le tournant de l’an 2000; c’est justement ce que révèle Dessein d’ingénieurs en s’appuyant sur des faits tangibles et facilement vérifiables. La situation présente au sein de l’OIQ demeure d’intérêt puisqu’il devient évident que l’organisation s’est lancée dans une démarche marketing pour embellir les faits extérieurs alors que des lacunes au niveau de la gouvernance sont facilement observables.

Le 13 septembre 2016 en Commission parlementaire, la ministre de la Justice Stéphanie Vallée a mentionné que l’Ordre des ingénieurs avait été mis en tutelle parce que l’organisation était devenue trop associative. Cette affirmation ne m’a jamais surpris outre mesure puisque dès 2011 je communiquais avec votre prédécesseur pour lui faire part de cette tendance au sein de mon Ordre professionnel.

Aujourd’hui malgré la tutelle, il est décevant de constater que des décisions sont prises par le Conseil d’administration de l’OIQ afin de perpétuer le contrôle de l’organisation par ceux qui ont instauré l’orientation associative de l’organisation. Ces décisions ne sont probablement que la pointe de l’iceberg, observable de l’extérieur par ceux qui connaissent suffisamment l’histoire passée de l’Ordre.

La première décision qui a démontré les failles de la gouvernance est sans contredit l’annulation des élections pour l’année 2018. Après deux ans, le poste de la présidence devait être soumis aux votes des membres comme il avait été décidé lors de l’Assemblée générale annuelle de 2016. Toutefois, en s’appuyant sur les changements apportés au Code des professions par le projet de loi 98, les administrateurs de l’OIQ ont décidé d’annuler la décision des membres pour ainsi se donner le pouvoir de choisir eux-mêmes qui occuperait la présidence.

Pour une organisation en tutelle, l’annulation des élections de la présidence au suffrage universel des membres démontre un manque de maturité organisationnelle. Comment a-ton pu laisser des administrateurs mis en tutelle prendre ce type de décision?

La deuxième décision qui démontre que la maturité décisionnelle de l’OIQ est défaillante touche la structure elle-même. Sans aucune explication, sauf celle de la réforme de sa gouvernance, l’organisation annonçait le 15 juin dernier que son Comité exécutif avait été aboli. Cette décision organisationnelle est dangereuse à deux niveaux.

Le premier est celui de la concentration du pouvoir entre les mains de la présidence. Alors que le Comité exécutif pouvait faire contrepoids à la vision de la présidence, on se retrouve maintenant avec une organisation en tutelle avec une concentration de pouvoir entre les mains d’une personne.

Le deuxième niveau touche les jeux de pouvoir internes. Il ne serait pas surprenant que pour éviter les débats reliés à la gouvernance de l’organisation, les administrateurs aient décidé d’abolir le Comité exécutif faute de pouvoir s’entendre sur les décisions à prendre. Ainsi, faute de pouvoir travailler ensemble pour prendre les décisions les plus judicieuses, les administrateurs auraient abdiqué à leur rôle et ainsi donné plus de pouvoir à la présidence.

Je suis préoccupé par la gouvernance et l’orientation de mon Ordre professionnel, et ce, depuis plusieurs années comme le démontre mon livre Dessein d’ingénieurs. Dans les circonstances, vous comprendrez que j’aimerais connaître le rôle de l’Office des professions dans l’encadrement de l’Ordre des ingénieurs et sa tutelle.

Dans l’attente d’une réponse de votre part, recevez, madame, mes sincères salutations.

Guy-Michel Lanthier, ing.

Souhaitons des changements pour un meilleur encadrement de la tutelle!

 

Dessein d’ingénieurs – La déroute des professions est disponible dans les librairies suivantes:

 

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