On vous a déjà demandé d’agir comme prête-nom? Vous accepteriez de le faire si on vous le demandait? Quelle serait votre réponse si cela était la seule façon de récupérer l’argent que vous avez avancé à celui qui vous demande de le protéger de ses créanciers?

C’est un comptable, également mon patron au moment des faits, qui m’a demandé d’agir comme prête-nom. Il avait acheté une entreprise pour supporter le développement d’une division d’importation de produits. Faute d’une gestion rigoureuse, l’entreprise a accumulé les dettes au point de l’acculer à la faillite.

Le patron était comptable. Il savait comment lire les chiffres et se doutait que la banque viendrait bientôt cogner à la porte. Sentant la fin arrivER, il a fait des fausses factures pour repousser l’échéance et ainsi avoir le temps de mettre en place un plan de relance…

Dans les faits, la relance n’était qu’un écran de fumée. La fumée servait à cacher que le président de la première entreprise devenait employé de la seconde et l’employé de la première devenait président de la seconde. Pour clore la boucle, il y avait une entente confidentielle, écrite par un avocat, comme quoi le président de la seconde devait suivre les directives de son employé.

Ainsi, le plan consistait à lancer une entreprise en parallèle; une entreprise qui ferait exactement la même chose que celle éminemment en faillite. L’avantage de la seconde entreprise était de larguer les dettes de la première, une créance de 750 k$.

Le comptable envisageait d’exploiter les deux entreprises en parallèle jusqu’à ce que la banque arrête les opérations de la première. Ce faisant, on aurait laissé les dettes dans la première alors que les profits iraient dans la seconde.

Après avoir refusé d’agir comme prête-nom, le comptable m’a remercié de mes services tout en réitérant que je perdais l’argent avancé pour l’aider à maintenir à flot la première entreprise. C’est lorsque la banque est venue cogner à la porte que j’ai appris que le comptable avait fait de fausses factures pour maintenir sa marge de crédits.

Après avoir accepté que je m’étais fait berner par un personnage peu scrupuleux, j’ai pensé qu’il était de mon devoir de dénoncer ce comptable à son Ordre professionnel.

Contre toute attente après deux ans d’enquête, le syndic adjoint de l’Ordre des comptables professionnels agréés (OCPA) a conclu que les fausses factures n’étaient que des anomalies de facturation et que l’utilisation était permise par la loi!

Vous avez bien lu… Selon le syndic de l’OCPA, les fausses factures et les prête-noms sont permis au Québec. Ce qui est toutefois curieux, c’est qu’unanimement, tous ceux à qui j’ai parlé de prête-nom ont eu la même réaction: ça n’a pas de bon sens! En fait, le simple mot prête-nom met mes interlocuteurs au diapason, et ce, en moins de trois secondes.

Cherchez l’erreur, il n’y aurait que le syndic des comptables pour qui ce n’est pas un problème de faire appel à un prête-nom pour se désister de ses créanciers.

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