Il y a déjà 4 ans que le système professionnel a fêté son 40e anniversaire. À l’époque, le président de l’Office des professions avait affirmé qu’il se disait surpris que le public ne saisisse pas que le rôle des Ordres professionnels est de le protéger. Il faut dire que selon les sondages, moins de 12 % de la population croyait à leur mission de protection du public. Quel serait le pourcentage à l’aube du 45e anniversaire?

Il serait intéressant de savoir pourquoi la population ne croit pas au rôle de protection du public des Ordres professionnels. D’autant plus intéressant qu’il est rarement question de ces organisations dans les médias. Il y a certes eu la mise en tutelle de l’Ordre des ingénieurs en 2016 qui a fait les manchettes, mais en excluant la mention du deuxième anniversaire de cette sanction, il est rarement question de corporatisme des organisations encadrant le travail des ingénieurs, comptables, agronomes, avocats, médecins pour n’en nommer que quelques-uns.

La perception du public envers le système professionnel relève-t-elle d’une incompréhension ou d’expériences individuelles communiquées de bouche-à-oreille? Il serait intéressant de le savoir afin que le tir puisse être rectifié au bénéfice de la crédibilité de nos institutions publiques.

La tutelle de l’Ordre des ingénieurs était en partie une réponse à la Commission Charbonneau. Ce sont toutefois des allégations de harcèlement psychologique du président envers les employés de l’organisation qui a forcé le gouvernement à agir. Cette sanction aurait pu être la démonstration que l’État veille au bon fonctionnement du système professionnel. Malheureusement, aucune mesure subséquente n’a été mise en place pour aller au fond des choses.

Avec la tutelle de l’Ordre des ingénieurs, il aurait été pertinent de mettre sur pied un groupe de travail afin de comprendre les problèmes qui minent le fonctionnement de l’organisation. Cela aurait pu être une occasion pour mieux comprendre le fonctionnement des Ordres professionnels et peut-être, élucider les motifs qui fait douter le public concernant la raison d’être du système professionnel.

Il est possible que l’Ordre des ingénieurs ait fermé les yeux sur la collusion et la corruption qui a eu cours à partir des années 2000. Cela est d’autant plus plausible lorsqu’on sait qu’en 2003, une ingénieure frappait à la porte de son syndic pour rapporter qu’on lui demandait de fausser des données liées à la livraison de matériaux en chantier. On lui avait alors répondu que faute de preuves, une enquête ne pouvait être ouverte.

N’était-ce pas le rôle du syndic que d’ouvrir une enquête pour monter le dossier, trouver les preuves et ultimement, sanctionner les fautifs?

Les faits mis à jour par la Commission Charbonneau ne sont peut-être pas le propre des ingénieurs. Le syndic des comptables semble également fermer les yeux sur le comportement de ses membres. Il est à se demander comment il a pu conclure une enquête en affirmant que des fausses factures n’étaient que des anomalies de facturation. Qui plus est, il a blanchi un membre d’avoir tenté d’utiliser un prête-nom dans le but de se désister de ses créanciers en concluant que la Loi permettait ce type de stratagème.

Il y a un an, le journaliste Thomas Gerbet publiait un article sur l’utilisation des pesticides dans le monde de l’agriculture. Selon son enquête, les agronomes salariés des multinationales recommandaient à leurs clients une utilisation de pesticides 30 % supérieure à ce qui est réellement requis. Questionné sur les résultats, le président de l’Ordre des agronomes a répondu qu’il avait entendu parler de ce problème, mais que faute de plainte officielle, aucune enquête n’avait été mise en œuvre.

Les ingénieurs, les comptables et les agronomes sont des professionnels dont le travail est souvent lié à d’importantes sommes monétaires. Se pourrait-il que leurs Ordres professionnels ferment les yeux sur des pratiques douteuses afin de permettre à leurs membres de poursuivre leurs activités lucratives? Avec moins de 12 % de la population qui croit à la protection du public, la question vaut la peine d’être posée!

 

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